—Oh! madame, je ferai tout ce qu'on voudra, pourvu que je puisse chanter!
—Eh bien! c'est entendu. Vous vivrez avec moi; il y a une petite chambre auprès de la mienne, très-petite et très-simple: celle de mon ancienne femme de chambre, qui m'a servie trente ans et qui s'est retirée dans un asile pour les vieillards. Vous l'habiterez; ma femme de chambre actuelle partage la chambre de la cuisinière. Vous ne sortirez que pour vos leçons; je ne puis vous mener dans le monde, que je ne fréquente plus; vous serez ma petite amie...
Madame Sékourof devenait de plus en plus affectueuse à mesure qu'elle voyait une joie plus intense et plus profonde remplir les yeux d'Ariadne. En terminant sa phrase, elle s'était rapprochée de la jeune fille et l'attirait à elle pour l'embrasser; mais celle-ci glissa entre ses bras et se trouva à genoux devant elle, pleurant et riant à la fois.
—Ma mère, disait-elle, ma seconde mère! bénissez-moi, que je sente votre protection sur moi!
Elle restait prosternée; la vieille dame, émue elle-même jusqu'aux larmes, fit le signe de la croix sur la tête blonde, et releva Ariadne dans ses bras.
—Quand vous quitterez l'institut, dit-elle, vous m'entendez, quand vous quitterez l'institut, ma maison sera prête à vous recevoir. Vous ne serez pas une heure sans asile ni sans amitié!
—Ah! soupira Ariadne, votre amitié est la seule que j'aie connue depuis la mort de ma tante.
—Quoi! pas d'amies ici, pas de parents au dehors?
—Personne! Il y a cinq ans que je n'ai reçu de lettres.