Et elle disparut.
—Voici les adieux de l'institut, dit-elle à Ariadne qui pleurait silencieusement appuyée sur l'épaule de madame Sékourof, et la supérieure te fait dire que tu peux ne pas te présenter devant elle.
La vieille dame regarda attentivement Olga et devina le drame intime qui se passait dans son cœur.
—Adieu! dit Ariadne; tu remercieras bien ces demoiselles de ma part; et toi, je te remercie, ajouta-t-elle en prenant la main d'Olga. Je t'accusais d'être fière et méchante; je me trompais, tu t'es montrée mon amie dans le malheur...
—Adieu! interrompit Olga en l'embrassant. Va-t'en vite, cette maison n'a pas été bonne pour toi.
Ariadne jeta un coup d'œil sur les murs nus et froids de l'infirmerie... En vérité, cette maison n'avait pas été bonne pour elle. Elle descendit l'escalier, appuyée d'un côté sur madame Sékourof, et de l'autre sur Olga, car ses pas étaient encore bien incertains.
Les jeunes filles accoururent auprès de l'escalier pour la voir. Un renvoi officiel était une chose si rare, que la terreur planait sur l'institut pour plusieurs générations d'élèves. On ne disait rien en voyant passer la malheureuse enfant; un vague sentiment de répulsion faisait imperceptiblement reculer le premier rang des curieuses, mais c'était la seule marque de désapprobation qu'on osât donner.
Parvenue au premier palier, à celui de sa classe, Ariadne sortit de sa torpeur; ses compagnes étaient toutes là; ces yeux qui l'avaient tant de fois poursuivie de leurs railleries allaient-ils encore lui jeter le sarcasme? Elle leva la tête: on la plaignait visiblement, toutes savaient que ce n'était pas elle qui allait la nuit au réfectoire, et, sous son regard, les visages se tournèrent instinctivement vers la Grabinof.
Elle avait osé venir pour assister au départ de l'élève maudite et détestée; elle n'avait pas reculé devant le spectacle de son œuvre d'infamie.