—Soyez heureuse, mademoiselle, lui dit Ariadne qui s'arrêta un instant; puis, se tournant vers ses compagnes: Pardonnez-moi mes offenses, volontaires ou involontaires, pour que je m'en aille en paix.

—Que Dieu te pardonne! murmurèrent gravement les jeunes filles, selon la formule consacrée.

Ariadne descendit les dernières marches, le cœur serré, et toucha le sol du vestibule. La porte était ouverte devant elle. Olga quitta son bras, l'embrassa trois fois, et Ariadne n'eut plus à son côté que la vieille dame.

—Adieu! dit-elle à sa compagne.

Celle-ci prit la main d'Ariadne inerte à son côté, la serra à la briser, et l'élève chassée sentit sur cette main un baiser furtif qui semblait demander grâce. C'était la coupable qui s'humiliait devant l'innocente. Deux pas de plus, et la porte se referma sur Ariadne Ranine, chassée de l'institut pour infractions graves au règlement.


XIII

C'est une impression bien étrange que celle du pavé sous le pied des recluses qui abandonnent leur asile. L'air frais, le mouvement du dehors, le bruit des voitures ne frappent peut-être pas aussi vivement l'esprit que ce contact brutal des pieds qui n'ont connu que les dalles unies ou les parquets cirés, avec la pierre anguleuse des rues.

Ariadne marchait avec peine, et ses pieds délicats souffraient à chaque pas; c'était l'emblème de son existence: elle devait ainsi se heurter à toutes les aspérités de la vie.