Tout cela s'était passé bien vite, car, avant que la voiture eût dépassé les promeneuses, Olga avait aperçu Ariadne. Sa main fine, gantée de gris perle, se posa sur le bord de la portière, et elle salua en souriant sa compagne déshéritée.

—Elle a bon cœur! soupira Ariadne; c'est bien à elle de se souvenir de moi après ce qui s'est passé!

Madame Sékourof étouffa encore le désir d'éclairer la jeune fille sur sa véritable situation. A quoi bon mettre dans cette jeune âme une semence de rancune et de haine?

La voiture s'éloigna rapidement; plusieurs autres la suivirent, dépassant les deux modestes piétonnes; mais personne ne songea plus à saluer Ariadne.

—Je serais sortie aussi aujourd'hui, dit celle-ci en montant l'escalier de son maître.

C'était sa première parole depuis l'apparition d'Olga.

—Le regrettez-vous? demanda madame Sékourof, au moment où sa protégée tirait le bouton de la sonnette.

—Non, certes! Ce que j'ai vaut mieux que tout ce que j'aurais pu avoir, répondit la jeune fille, et j'ai gagné huit mois d'études...—et de tendresse, ajouta-t-elle en regardant sa seconde mère avant de passer sous la porte qui venait de s'ouvrir.