XV

Dix-huit mois s'écoulèrent encore, pendant lesquels mademoiselle Ranine passa par tous les degrés difficiles de l'art du chant. Son vieux maître, qui avait fini par se passionner pour cette belle voix, n'épargnait ni son temps ni sa peine pour l'amener à la perfection, et ses conseils, rudes parfois, préservèrent Ariadne de l'orgueil, écueil naturel des talents en germe.

Il ne lui avait fait chanter encore que des exercices, et la jeune fille n'avait jamais demandé autre chose. Un beau matin,—elle était venue seule, car la santé de madame Sékourof, toujours délicate, demandait des soins de plus en plus minutieux,—il lui dit brusquement:

—Pourrais-tu chanter ça?

Il lui présentait l'air d'Alice au premier acte de Robert le Diable.

Ariadne prit le morceau, déchiffra le chant d'un coup d'œil, lut les paroles à voix basse et commença en hésitant; puis sa voix se raffermit, elle oublia le reste du monde, et avec un sentiment profond, une expression extraordinaire, elle acheva:

Fuis les conseils audacieux
Du séducteur qui m'a perdue.

—Où diable as-tu appris à chanter comme ça? s'écria le vieil Italien en se plantant devant elle.