—Où? ici, avec vous? répondit Ariadne abasourdie.

—Ce n'est pas vrai! Je ne t'ai pas appris à chanter l'opéra! C'est toi qui trouves ça toute seule? Mais tu l'avais appris d'avance!

—Je vous jure que non, répliqua vivement la jeune fille un peu blessée de ce soupçon.

Sans répondre, Morini tira d'un cahier un autre morceau, le présenta à son élève, et, se remettant au piano, entama soudainement l'arioso du Prophète, qui a fait verser tant de larmes. Il espérait surprendre sur le visage de son élève quelque mouvement qui indiquât l'habitude de le chanter, car il n'est pas de contralto qui ne se soit essayé dans cet air si simple et si périlleux. Le visage d'Ariadne garda son expression étonnée, et elle manqua son attaque.

—Mais va donc! cria le maître: c'est à toi!

—Il faut que je chante? demanda innocemment Ariadne.

Le maître haussa les épaules.

—Tâche de compter les mesures, cette fois-ci. Vocalise!

Elle obéit, et, à mesure que le sentiment de cette invocation suprême entrait en elle, son beau visage se transfigurait, ses yeux lançaient des flammes, et ses mains qui tenaient le papier tombaient malgré elle, avec les lambeaux de phrases passionnées; puis elle s'anima, son corps aux lignes nobles et pures sembla grandir, et elle acheva tout émue, toute vibrante.

—Recommence! Les paroles! dit le vieux maître presque aussi ému qu'elle. Joue-le!