Elle recommença. Le premier mot: O mon fils! sembla sortir d'une âme désespérée; le second cri, plein d'espoir et de tendresse, jaillit de ses lèvres comme une prière; elle se laissa enlever par le rôle; ses yeux se dilatèrent, elle posa sur le piano le papier pour en suivre des yeux les paroles, et tendit vers le ciel ses bras magnifiques:
«Sois béni!» chanta-t-elle, et des larmes, de vraies larmes inondèrent son visage.
Morini quitta le piano, courut à elle comme pour l'embrasser; mais, saisi de respect, il s'arrêta, prit la main glacée par l'émotion de la jeune cantatrice restée pâle et tremblante, et la baisa comme celle d'une reine.
—Tu es une grande artiste, dit-il; le monde est à toi maintenant. Tu donneras un concert le mois prochain, car je n'ai plus rien à t'apprendre que ce que tu trouverais seule. Tu joues de nature, cela vaut mieux que toutes les leçons.
—C'est arrivé, n'est-ce pas? lui répondit Ariadne.
—Qu'est-ce qui est arrivé?
—Cette mère qui bénit son fils, ce fils qui a aimé sa mère, mieux que son amour? C'est arrivé? C'est si beau!
—Parbleu, si c'est arrivé! répondit Morini transporté, tout est arrivé! Tiens, voilà la partition; lis, travaille, trouve des rôles, lis les pièces, crois que tout est arrivé, sublime naïve! Et tu feras pleurer l'univers, parce que ça sera arrivé!
Revenant à sa prudence, don de l'étude et des années, le professeur se reprit:
—Lis tout, mais pas à la fois; cherche un rôle et travaille-le. Il ne faut pas gâcher son bien, et la vie est longue.