—Ah! fit Olga avec un douloureux soupir.

—Ma honte est si bien connue qu'on en parlait l'autre jour au concert, et pourtant tu sais, toi, si j'ai jamais pensé à autre chose qu'à Dieu et à la musique!

—Ah! certes! fit involontairement Olga, si quelqu'un a jamais eu une mauvaise pensée, ce n'est pas à toi qu'il fallait l'imputer!

—N'importe, continua Ariadne qui laissait déborder le trop-plein de son âme blessée, je suis jugée, condamnée... On me laissera mourir de faim, car je ne puis trouver d'asile... Heureusement, ma bienfaitrice ne me croyait pas coupable, elle; elle savait bien que j'étais innocente de tout; elle m'a laissé ce qu'elle possédait...

—Combien?

—Seize roubles et demi de pension par mois. C'est du pain, comme elle l'a dit. O ma bienfaitrice vénérée, vous m'avez recommandé de ne pas faillir... certes, je ne tromperai pas votre attente! Ce serait une trop noire ingratitude!

Ariadne pleurait amèrement, la tête dans ses mains; elle venait de révéler le secret de ses méditations depuis la perte de madame Sékourof. Dans l'angoisse de son abandon, elle s'était juré de rester honnête fille, quoi qu'elle pût souffrir, afin de faire honneur à celle qui l'avait couverte de sa protection lorsqu'elle était calomniée.

Olga laissa pleurer pendant quelque temps l'orpheline désespérée; ses yeux à elle-même étaient humides, mais un remords cuisant l'empêchait de mêler ses larmes à celles d'Ariadne. Elle n'osait ni ne pouvait rien dire à cette innocente qui portait le fardeau de sa faute à elle.

—Ah! si j'avais su! pensa la princesse Olga, si j'avais su le mal que je faisais à une autre!...

Sa pensée se détourna avec dégoût du souvenir de ces scènes au réfectoire qui avaient coûté si cher à sa compagne. Elle eût donné toute sa fortune pour être innocente et pouvoir se rappeler sans rougir les années écoulées.