—Je n'ai pourtant rien fait de mal! murmurait l'orgueil indompté.
—Et pourtant, vois ce que tu lui as fait souffrir, répondait la conscience.
—Où logeras-tu? dit doucement Olga, quand elle vit les larmes d'Ariadne à peu près épuisées.
Depuis un moment la tête de son amie reposait sur son épaule.
—Nulle part! dit l'abandonnée. Personne ne veut de moi. Mes antécédents m'empêcheront de trouver un asile honorable.
—Tu ne peux pas donner des leçons? suggéra timidement la riche héritière.
—Personne ne veut de mes leçons! s'écria Ariadne en se levant brusquement. Mais comprends donc que je suis déshonorée! que pas une mère ne me laissera parler à sa fille, que je ne puis trouver un logement que dans une maison où l'on ne se soucie pas de l'honnêteté des femmes; qu'enfin je suis perdue! Perdue jusqu'au jour où je monterai sur la scène. Je n'en serai pas moins perdue, mais au moins j'aurai du pain! On n'est pas difficile sur les mœurs, au théâtre!
Elle se détourna avec amertume.
—Écoute, Olga, dit-elle, ta place n'est pas ici; tu te fais du tort en venant me voir; on ne vient pas me voir, moi,—je ne suis pas une personne qu'on puisse fréquenter. Laisse-moi te remercier pour l'amitié que tu m'as montrée; elle date de mon malheur, et par conséquent elle n'en est que plus noble et plus généreuse, mais elle te serait fatale. Adieu, embrasse-moi et ne reviens plus ici.