--Oh, oui, s'écria Pierre, vous le verrez bien. Or, il y a à peu près six semaines, c'était au commencement de mai, j'étais assis sur un de ces bancs qu'on a dans les jardins, vous savez? une très-longue planche posée à ses deux extrémités de façon à fléchir sous le poids du corps...
--Oui, une balançoire à mouvement vertical.
--Justement. J'étais assis là-dessus, aidant à ma digestion par un exercice mesuré, me balançant légèrement de bas en haut et de haut en bas, comme un bonhomme suspendu à un fil de caoutchouc. Il tombait des chenilles d'un gros arbre qui ombrageait cette balançoire,--je les vois encore,--lorsque j'entendis un grand fracas de portes vitrées.
--Oh! me dis-je, une vitre cassée!
Je prête l'oreille. Non! la vitre n'était pas cassée.--Sauvé! merci mon Dieu, pensai-je en reprenant ma cigarette.
J'avais à peine proféré cette oraison jaculatoire, que j'aperçus un tourbillon blanc qui dégringolait le long du perron. Il faut vous dire que ce perron est composé de neuf marches si hautes, qu'on se cogne les genoux contre le menton quand on les monte. Jugez un peu s'il est facile de les descendre. Le tourbillon blanc arrive sur le gazon, m'aperçoit, s'arrête effaré, reprend sa course et se jette dans mes bras si fort, que je manque de tomber à la renverse de l'autre côté du banc.
--Oh, mon cousin, je suis bien malheureuse, me dot Clémentine en pleurant à chaudes larmes.
Je l'avais reçue dans mes bras, je n'osai l'y retenir: les fenêtres de la maison nous regardaient d'un air furibond. Je l'assis sur le banc auprès de moi et je repris ma place. J'avais perdu ma cigarette dans la bagarre.
--Contez-moi vos peines, ma cousine, lui dis-je.
Elle est toujours jolie; mais, quand elle pleure, elle a quelque chose de particulièrement attrayant.