--Maman me fera mourir de chagrin, me dit-elle en se frottant les yeux de toutes ses forces avec son mouchoir, dont elle avait fait un tout petit tampon, gros comme un dé à coudre. Elle ne veut plus que je monte Bayard.
--Votre grand cheval? fis-je un peu interloqué.
--Oui, mon pauvre Bayard, il m'aime tant. Il est si doux.
Sur ce point, j' n'étais pas de l'avis de Clémentine, mais je gardai un silence prudent.
--Maman lui en veut, je ne sais pourquoi... Pour me contrarier, je crois. Eh bien, oui, il rue quelquefois; mais qui est-ce qui est parfait?
Je m'inclinai devant cette vérité philosophique.
--Hier, il était de mauvaise humeur; notre juge de pais est venu avec nous à pied jusqu'au bois...
--Je le sais, je vous accompagnais.
--Ah, oui. Eh bien, arrivé au fossé de sable, Bayard s'est mis è ruer, et le juge de paix a été couvert de poussière. Ah, ah, fit Clémentine déjà consolée, en éclatant de rire; mon Dieu, qu'il était drôle. En a-t-il mangé, du sable. Ça l'empêchera de parler à ses pauvres paysans, qu'il malmène. Et maman est furieuse. Elle dit que Bayard est une vilaine bête, et qu'il faut lui faire traîner le tonneau... vous savez, le tonneau pour aller chercher de l'eau de source, là-bas, dans la vallée?
--Oui, oui, je sais.