Platon, informé de ce voeu naïf, n'eut pas le courage de tenir rigueur. Quelques paroles affectueuses ramenèrent le jour même le sourire aux lèvres de Dosia et la malice dans ses yeux reconnaissants.
XIX
L'hiver s'avançait; déjà la série de mariages qui suit toujours les fêtes de Noël était presque close; le carême était proche, et Dosia, devenue sage, portait des robes à queue.
Cet événement, attendu par elle comme devant être de beaucoup le plus important de sa vie, l'avait laissée relativement indifférente. Elle s'était bien prise une dizaine de fois à regarder derrière elle les flots de sa robe noire faire un remous soyeux sur le tapis, mais elle n'avait pas ressenti ce triomphe, cet orgueil dont elle s'était fait fête si longtemps d'avance.
Bref, la première robe longue de Dosia avait été un désenchantement.
D'autres pensées avaient noyé celle-ci.
--C'est égal, elle était plus amusante auparavant, soupirait un jour Mourief, assis chez la princesse dans un petit fauteuil si bas que la poignée de son sabre lui caressait le menton.
--C'était le bon temps, alors, n'est-ce pas? lui dit la princesse d'un air moqueur.
Malgré les dénégations passionnées du jeune homme, Sophie continua, avec une certaine insistance dans l'accent de sa voix:
--Regretteriez-vous de ne pas l'avoir épousée?