--Celui qui pense ainsi, dit-elle, peut se méprendre sur la profondeur, sur l'éternité du sentiment qui l'occupe...
Pierre fit un mouvement; elle continua sans se troubler:
--Mais s'il ne se trompe pas, s'il a vraiment donné son âme sans réserve et sans espoir, il n'est pas de femme au monde que ne doive être fière et reconnaissante d'un si beau dévouement.
Mourief la regardait, stupéfait, ébloui...
--Vous êtes bien jeune pour parler d'éternité, dit-elle avec un demi-sourire qui éclaira comme un rayon de soleil son beau visage sérieux. Mais si les épreuves de la vie ne vous rebutent pas, si vous êtes vraiment ce que vous paraissez être, vous pouvez aspirer à toutes les femmes.
Elle avait retiré sa main; elle lui fit une inclination de la tête et passa dans son appartement.
Pierre se trouva sur le quai de la cour sans savoir comment il était sorti; il marchait devant lui, refusant de comprendre, ne voulant pas croire son souvenir.
C'est impossible, se disait-il... elle n'est pas coquette... et pourtant! Mais alors, elle me permettrait!...
Le lendemain soir, Mourief courut chez Sophie. Pourrait-il lui parler en particulier? Obtiendrait-il une réponse plus nette, un espoir plus positif?
O douleur! ô désappointement! Il trouva chez la princesse une société joyeuse et très-variée.