Son rire, nerveux et forcé, s'éteignit soudain. Pierre avait gardé son sérieux, le gland d'or tintait toujours sur le fourreau d'acier.
--Je ne me marierai pas, continua-t-il, parce que je considère un mariage sans amour comme la faute la plus grave que puisse commettre un homme envers lui-même...
--Vous êtes sévère, essaya de dire la princesse.
Mais elle ne sentit pas le courage de plaisanter et se tue.
--La plus grave et la plus sotte, puisque le châtiment la suit aussitôt et à coup sûr.
--Mais, reprit Sophie en rougissant, vous vous croyez donc pour la vie à l'abri des traits du petit dieu malin.
Pierre se leva.
--La femme que j'aime, dit-il est de celles que je ne puis prétendre à épouser; pourtant, son image me préservera à jamais d'une erreur ou d'une faute. J'aime mieux vivre seul que de profaner ailleurs le coeur que le lui ai donné sans réserve... et sans espoir.
Pierre s'inclina très bas devant la princesse interdite, ses éperons sonnèrent, et il fit un pas vers la porte.
Sophie hésita un instant, puis se leva. D'un geste royal, elle tendit la main au jeune homme.