Quand Sourof s'arrêta pour reprendre haleine,--peut-être aussi parce qu'il n'avait plus rien à dire,--Pierre se leva, le visage rayonnant de sentiments.

--Tu es un ami unique au monde, s'écria-t-il; tu m'as parlé comme la voix de ma conscience; je t'en saurai gré toute ma vie.

--Eh bien! à quoi te décides-tu? demanda Platon, adouci par cette expansion amicale.

--Je vais chercher de l'argent partout où il y en a, puisque tu ne veux pas m'en prêter! répondit le délinquant d'un air radieux.

La main que Platon tendait généreusement à son camarade déchu retomba à son côté. C'était là le résultat de sa semonce!

Pierre rattachait son sabre.

--Que dois-je dire au colonel? dit Sourof d'un air glacial.

--Tout ce que tu voudras, mon cher, tout ce qui te passera par la tête. Demain, ce sera une affaire arrangée.

--Que dit ma soeur? reprit-il après une longue pause; comment apprécies-t-elle al façon originale dont tu prends les choses?

--Ah! mon ami, s'écria-t-il soudain, je suis le plus heureux des hommes! Il faut que je t'embrasse!