--Non, ma cousine.
--Eh bien, c'est un prétendu. C'est pour cela que maman est si fâchée.
Un petit frisson de jalousie me mordit le coeur. Jusque-là, je n'avais regardé Clémentine que comme une enfant absurde et charmante; mais l'ombre de ce juge de paix venait de bouleverser mes idées.
--Un prétendu pour vous? lui dis-je.
--Pour moi, ou pour Sophie, ou pour Lucrèce, ou pour... (Elle nomma encore quelques soeurs.) C'est un prétendu en général, vous comprenez, mon cousin.
L'idée de ce prétendu "en général" était moins effrayante. Cependant, je ne retrouvai pas ma tranquillité. Clémentine, tout à fait calmée, avait mis en branle notre balançoire élastique, et le bout de son pied mignon, effleurant la terre de temps en temps, nous communiquait une impulsion plus vive. Machinalement, je me mis à l'imiter, et pendant un moment nous nous balançâmes sans mot dire.
--Dites donc, mon cousin, fit tout à coup Clémentine, est-ce qu'on se marie dans les gardes à cheval?
--Mais oui, ma cousine, on se marie... certainement! Pas beaucoup, mais enfin...
--Pas beaucoup? répéta Clémentine en fixant sur moi ses jolis yeux bleus encore humides de larmes.
--C'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'officiers qui ne se marient pas, ou qui quittent le régiment lors de leur mariage; mais il y a aussi des officiers mariés.