--En ce cas, pourquoi m'avez-vous fait cette question sérieuse? dit-il après un court silence.

--Parce que je pourrais avoir l'intention de me marier, répondit Dosia en cassant méthodiquement un petit morceau de sucre avec le manche d'un couteau.

--Quand vous aurez cette intention, je crois que le moment sera venu de débattre l'opportunité de votre résolution.

Dosia coupa court à l'extermination de son morceau de sucre, et regardant Platon du coin de l'oeil:

--Vous m'avez enseigné vous-même, dit-elle, la nécessité de ne rien résoudre avant d'avoir réfléchi longtemps à l'avance et hors de la pression des circonstances extérieures.

Platon s'inclina sans rien dire, possédé soudain de l'idée assez peu raisonné de tirer l'oreille à cette excellente écolière qui répétait si bien sa leçon.

--Je suis à vos ordres, dit-il enfin; veuilles vous expliquer.

Dosia se remit à casser du sucre.

--M. Minkof a demandé ma main, dit-elle; ferais-je bien de l'épouser?

Platon s'absorba dans la contemplation de la nappe, et toute sa colère se tourna contre le prétendant.