--Ce ne sera pas encore pour cette fois, dit-elle en flattant le cou de son cheval. Nous ne périrons pas ensemble. N'est-ce pas, mon ami?

Elle prit doucement les devants sans faire de poussière, pendant que le reste de la société s'entassait dans les équipages.

XXIV

Au retour, Dosia ne s'isola point de la compagnie; trottant paisiblement, tantôt à côté du drochki, tantôt auprès de la calèche, elle fit preuve d'une bonne grâce, d'une amabilité que sa mère ne lui connaissait pas.

--Comment! chère princesse, disait madame Zaptine émue jusqu'aux larmes, c'est à vous que je dois ce changement? C'est vous qui avez fait de ma sauvage Dosia cette aimable jeune fille?

--Il est bien resté un peu de l'ancienne Dosia au fond, tout au fond, répondait la princesse en souriant.

Mais madame Zaptine n'entendait pas qu'on dépréciât sa fille; et l'objet de ses commentaires continuai à trotter modestement è l'anglaise et à charmer l'assistance par ses réflexions judicieuses, si bien que ses soeurs, stupéfaites de cette nouveauté, oubliaient positivement d'en être jalouses.

Le chemin de retour suivait le bord de la rivière. A quelque distance, sur l'autre rive, un village étageait ses maisons de bois, les unes noircies par le temps, les autres toutes neuves, rousses et dorées. Le soleil, déjè bas, envoyait au visage des promeneurs des rayons presque horizontaux, et les ombre s'allongeaient démesurément sur le sol.

Dosia s'amusait à trotter dans l'ombre des chevaux de la calèche. Tout le monde était un peu fatigué, et les conversations languissaient.

La rivière coulait assez vite, bleue et profonde. A quelque distance devant eux, deux ou trois perches annonçaient un gué. Beaucoup de rivières, très-hautes au printemps, n'ont plus, en été qu'un filet d'eau: les gués alors sont praticables à pied; mais la saison n'était pas assez avancée pour qu'il en fût ainsi.