--Dosia! cria Mourief de ce ton chantant que les paysans emploient pour s'appeler de lin dans les bois; Dosia, veux-tu que je t'amène ton chevalier français?
--Oui, s'il te plaît, répondit-elle.
Platon retomba dans le gouffre de ses perplexités.
Pierre amena la pauvre bête, douce comme un mouton quand Dosia ne s'en mêlait pas.
--Veux-tu que je lui fasse franchir le fossé? dit-il à sa cousine; tu le monteras sur la route.
--Pourquoi? fit Dosia; il est très-bien ici.
A peine Pierre avait-il eu le temps de vérifier l'étrier que, s'aidant de la main qu'il songeait à peine à lui tendre, la jeune fille était en selle. Il arrangea les plis de sa jupe autour de ses pieds mignons, pendant que Platon, en proie à toutes les rages de la jalousie, se demandait s'il fallait ouvrir les yeux à sa soeur.
Mourief tourna vers lui son visage honnête.
--Elle va se casser le cou! dit-il à Platon en clignant de l'oeil.
Dosia lui allongea un léger coup de cravache qui fit tomber sa casquette blanche dans l'herbe, et rit une seconde; puis, rassemblant son cheval sans prévenir personne, elle sauta le fossé, large de quatre pieds, et arrêta sur place Bayard frémissant d'un si bel exploit.