--Je n'ai plus de mouchoir, lui fis-je observer avec douceur.

Elle essuya ses yeux dans un pli de sa robe et reprit son calme.

--Je suis la plus malheureuse des filles, dit-elle en se croisant les bras.

Comment faisait-elle pour garder l'équilibre, c'est ce que je me demande encore.

--Ma mère a juré de me faire mourir de désespoir.

--Qu'est-ce qu'elle t'a fait, ma pauvre chérie? lui dis-je en m'asseyant tout près d'elle.

Elle rangea un peu les plis de sa jupe, se recroisa les bras et continua.

--C'est un système. Avant-hier, c'était Bayard; aujourd'hui, c'est Pluton; demain, ce sera toi, probablement. Tous ceux que j'aime, s'écria Clémentine en levant ses yeux indignés vers le petit couvercle en briques moisies qui nous abritait.

L'association entre Pluton, Bayard et moi ne me flattait que médiocrement; mais la fin de la phrase était un heureux correctif. Je témoigné une sorte de reconnaissance par un tendre regard, et Clémentine reprit en hochant la tête avec véhémence:

--Oui, ce matin, ils n'ont pas eu honte d'atteler Bayard au tonneau. Mon noble Bayard à ce méprisable tonneau. Aussi je lui ai fait: Kt. kt. et il a tout défoncé. Je te l'avais bien dit.