La gouvernante disparut. La voix de ma tante se fit entendre, dominant le tumulte par un formidable:--C'est trop fort, à la fin, mademoiselle.

Prévoyant une explication de famille, et naturellement doué d'une répugnance instinctive pour ces sortes de choses, je m'éloignai discrètement et je m'enfonçai dans les charmilles du vieux jardin.

J'avais fait deux ou trois fois le tour du labyrinthe et je n'avais rencontré que des colimaçons, lorsque j'entendis des pas précipités, des froissements de verdure, et mon nom crié à demi-voix par ma fiancée en personne.

Je m'arrêtai, je criai:--Ici.... Et, une minute après, Clémentine, palpitante, se jeta dans mes bras, comme l'avant-veille. Mais, craignant un second soufflet, je m'abstins de la serrer sur mon coeur.

--Emmène-moi, dit-elle en fondant en larmes.

Je tirai mon mouchoir de poche,--elle avait perdu le sien,--et j'essuyai ses yeux. Peine inutile, elle avait là deux robinets de fontaine. Quand le mouchoir fut tout à fait mouillé, elle l'étendit sur un buisson pour le faire sécher, et ses larmes s'arrêtèrent d'elles-mêmes.

Nous avions gagné un petit kiosque moisi, qui formait le centre du labyrinthe. C'était une Espèce de couvercle porté sur huit colonnes depuis longtemps dévorées par la mousse. Le plâtre tombé par morceaux laissait voir la brique de cette laide architecture. Une peuplade nombreuses grenouilles, choquées par notre intrusion dans leur paisible domaine, sautillait çà et là d'un air menaçant.

Clémentine, qui n'aimait pas les grenouilles, s'assit à la turque sur un des bancs de pierre placés entre les colonnes et ramassa soigneusement ses jupes autour d'elle. Elle avait l'air d'une petite idole hindoue bien gentille,--sans multiplication de bras ni de têtes.

--Qu'est-ce qu'il y a? lui dis-je enfin.

--Il y a que ma mère me fera mourir de chagrin, répondit ma cousine en pleurant à nouveau.