--Eh bien! quand tu voudras! fit ma fiancée avec une résignation sereine. Tout de suite si tu veux.

Je réfléchis et je me dis qu'avant de faire une démarche aussi importante l fallait bien consulter un peu mes parents.

--Non, pas tout de suite, lui répondis-je: on ne traite pas ces choses-là au pied levé. Tu m'écriras,--à la caserne des gardes à cheval, tu sais?

--Oui, c'est entendu.

--Et tu vas me laisser partir comme ça, sans un pauvre petit baiser?

Elle me regarda de travers.

--Tu m'embrasseras, dit-elle, quand nous aurons baisé les saintes images.

Cette allusion à la cérémonie de nos fiançailles ne me causa pas toute la joie que j'étais en droit d'en attendre. Néanmoins, je ne fis point la grimace, et je proférai quelques paroles appropriées è la circonstance. Clémentine m'écoutait en se balançant, et ce balancement, auquel je participais sans le vouloir, retirait, je dois l'avouer, un peu de chaleur à mes protestations. Cependant, grâce aux jolis yeux et aux joues roses de ma cousine, je sentais renaître mon éloquence, lorsque Clémentine bondit à terre, me laissant sur la balançoire, fort interloqué, je l'avoue. Je faillis tomber de la secousse, et, pendant que je reprenais pied, elle était déjà loin.

J'entendis, deux minutes après, les gammes chromatiques les plus lamentables rouler d'un bout à l'autre du piano sous les doigts de fer de ma fantasque cousine, et je renonçai à l'espoir d'une conversation plus sérieuse.

Je me trompais cependant: le ciel me réservait une surprise. Une heure avant le dîner, la maison jouissait de la plus douce tranquillité, à ce point que deux ou trois fois la gouvernante inquiète s'était dérangée pour s'assurer qu'il n'était arrivé aucun malheur: je fumais ma cigarette sous la marquise, quand j'entendis des cris aigus retentir à l'étage supérieur.