--Touche! dis-je à mon postillon, Finnois flegmatique qui s'était endormi sur son siège pendant cette pause.

Quand vous aurez une femme à enlever, mes amis, je vous recommande de prendre un cocher finnois; ces gens-là dorment toujours, ne tournent pas seulement la tête et ne se rappellent jamais rien. Au fait, vous savez cela aussi bien que moi, et ma recommandation était inutile.

Mon postillon se secoua, secoua aussi les rênes sur le dos de ses bêtes, fit entendre un sifflement mélancolique, et nous voilà partis.

Dès que je fus remis "d'une alarme si chaude", je me tournai vers ma fiancée. Elle me mit dans les mains son petit paquet.

--Tiens, dit-elle, pose ça quelque part.

--Qu'est-ce que c'est? lui demandai-je en palpant des objets ronds; l'enveloppe était un fin bouchoir de batiste noué aux quatre coins.

--Ce sont des provisions de bouche pour la route, me répondit-elle.

Je dénouai le mouchoir, curieux de savoir ce que Clémentine appelait des provisions de bouche. Je trouvai une longue tranche de pain noir, coupée en deux et repliée sur elle-même, avec du sel gris au milieu,--et deux oranges.

La situation était si grave, que cette découverte me laissa sérieux.

--J'ai volé les oranges à la femme de charge, dit-elle, et le pain noir à la cuisine. Je voulais prendre aussi des confitures, mais je n'ai pas trouvé dans quoi les mettre.