Sophie venait de s'asseoir dans la calèche; son frère, appuyé sur la portière, causait avec elle; il aperçut le visage légèrement étonné de Pierre, qui se retournait pour voir encore cette belle personne, et, souriant, il lui fit un signe d'appel.

Mourief rebroussa chemin et vint se ranger auprès de son ami.

--Ma chère Sophie, dit le comte, tu es la plus sage des femmes: tu seras peut-être bien aise de faire la connaissance du plus fou de nos jeunes braves... Le lieutenant Pierre Mourief, mon ami; la princesse Koutsky, ma soeur.

Pierre s'inclina profondément. La princesse regarda un instant son frère et le néophyte.

--Venez me faire un bout de conduite, messieurs; vous ne devez pas être gens à redouter deux ou trois verste de chemin à pied.

Les deux jeunes gens obéirent, et l'attelage partit d'un trot égal et parfait.

VIII

--S'il n'y a pas d'indiscrétion, monsieur, fit la princesse après les premières banalités inévitables, dites-moi pourquoi mon frère vous octroie une telle supériorité dur vos camarades de régiment?

Pierre se mit à rire.

--Demandez-le-lui, madame, répondit-il. S'il veut vous le dire, je ratifie son jugement.