--On peut tout dire à ma soeur, fit Platon d'un air moitié fier, moitié railleur; ce n'est pas pour rien qu'on l'a baptisée Sophie. On aurait aussi bien pu la baptiser Muette, car elle ne répète jamais rien.

Pierre s'inclina respectueusement, sans cesser de sourire.

--Fais ce qu'il te plaira, dit-il à son ami; toi aussi, tu es si sage, si sage... Vraiment, madame, ajouta-t-il en se tournant vers la princesse, assise en face de lui, je ne mérite pas de me trouver en si parfaite société; je ne reconnais pas digne...

--Raconte-moi ce qu'il a fait. Platon, dit la princesse à son frère. Tout cela, ce sont des faux-fuyants pour éviter une confession terrible, je le soupçonne. Vous avez tort, monsieur, reprit-elle en s'adressant à Mourief, la confession purifie d'autant mieux que parfois elle suggère un moyen de réparer une erreur.

--Ah! madame, je n'oserai jamais...

--Je vais donc parler à ta place, fit Platon, qui avait son idée. Imagine-toi, ma chère soeur, que l'autre jour, pour célébrer dignement le vingt-troisième anniversaire de sa naissance, le lieutenant Mourief, ici présent, s'est grisé...

--Oh! grisé! protesta Pierre. Egayé, tout au plus!

--...En notre compagnie, continua Sourof. Tu peux bien te douter que si j'y assistais, le mal n'était pas grave. Mais il était si gai, qu'il nous a raconté tout au long les fantaisies d'une jeune fille fort mal élevée et que, pour ma part, sans la connaître, je trouve charmante.

Pierre fit une moue significative.

--Voyons, dit Platon, est-elle charmante, ou non?