Le petit salon, tendu de perse chatoyante, fond vert d'eau, était meublé de quelques chaises cannelées; une table d'acajou, assez rococo, en encombrait le milieu; deux fauteuils pour les paresseux, un petit canapé, une grande glace un peu verdâtre,--comme c'est l'ordinaire dans les maisons de campagne de Tsarkoé-Sélo,--tel était le mobilier de cette retraite modeste; et pourtant tout y respirait une sérénité, une ampleur qui ne venaient certes pas de l'ameublement. Peut-être les massifs d'arbustes en fleur, disposés partout où il s'était trouvé de la place, y apportaient-ils de la sérénité,--et peut-être étai-ce la grâce tranquille de la princesse qui y mettait l'ampleur.

--Prends un fauteuil, dit Sophie à son frère.

--Et toi?

--Moi, j'abhorre les fauteuils; c'est bon pour les paresseux ou pour les voyageurs qui viennent du camp visiter leur soeur chérie. Je n'habite jamais que des chaises.

Platon s'allongea moelleusement dans le fauteuil vert d'eau.

--Les fauteuils ont pourtant du bon, dit-il, surtout quand on a fait à cheval une vingtaine de verstes. Qu'est-ce que tu lisais?

--L'Intelligence, de Taine.

--Et deux volumes in-octavo! fit Platon. O Sophie! tu m'éblouis par ta raison. Quand tu auras fini, tu me les passeras.

--Tiens! fit tranquillement la princesse en poussant le premier volume à travers la table.

Et elle se remit à couper les pages avec son petit couteau d'ivoire.