--Et mon excellente tante n'a pas été malade! reprit Pierre sur le même ton.

--Non, nom cousin, je vous remercie: pas plus qu'à l'ordinaire.

Pierre ne put y tenir. Sa malice naturelle l'étouffait depuis un instant; le cercle bête et compassé qui les entourait lui inspirait la plus véhémente envie de faire quelque sottise.

--On ne vous a pas mise en pénitence pour votre dernière escapade?

--Non, mon cousin! Et j'ai gardé mon cheval, et mon chien couche sur le pied de mon lit, et j'ai une chambre à coucher pour moi toute seule!...

--Ça ne m'étonne pas, riposta Pierre, si vous avez pris votre pour camarade de chambrée...

--Et je fais tout ce que je veux à présent! conclut-elle avec un regard de colère.

--Ça toujours été un peu votre habitude, répliqua son cousin sans se troubler. Je suis bien aise d'apprendre que vous avez fait des progrès... Et le piano?

La princesse, qui les étudiait du coin de l'oeil, vit que la querelle allait s'engager et se hâta d'appeler Pierre à son côté, pendant que Platon prenait la place restée vacante. Dosia redevint aussitôt grave et posée; la rougeur que la colère avait appelée sur ses joues tomba, et son délicieux visage reprit l'expression de malice enfantine et tendre qui la rendait si séduisante.

--Là, monsieur Pierre, dit Sophie, qui ne pouvait s'empêcher de rire, attendez que nous ayons pris une tasse de chocolat. Ne renouvelez pas les hostilités avant la fin de l'armistice. Vous aurez le temps de vous quereller; la journée est longue.