Et le sage Sourof, riant malgré lui, et malgré lui un peu inquiet, entraîna presque de force son mai Pierre dans le salon vert d'eau.
Dosia était là, en effet, trônant au beau milieu du canapé, dont sa robe occupait le reste. Elle se tenait droite comme un cierge, impassible comme un statue, et grave comme un bébé qui attend sa soupe.
Quatre ou cinq dames,--bien choisie pour la circonstance, parmi celles qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre,--servaient de cadre à ce joli tableau. Sophie s'entendait à arranger les choses: elle s'était promis de s'amuser de la rencontre de deux ex-fiancés, et elle se tenait parole.
--Oh! princesse, ce n'est pas bien! murmura le jeune lieutenant en baisant la main de Sophie.
--Bah! il fallait bien en arriver là un jour ou l'autre, lui répondit celle-ci de l'air le plus détaché.
C'était rigoureusement vrai. Pierre s'inclina respectueusement devant Dosia, qui lui fit une inclination de tête à la fois sèche et cérémonieuse. Platon, adossé au chambranle de la porte, les regardait avec un certain malaise.
Pierre prit bravement son parti, s'assit sur une chaise qui se trouvait près de la jeune fille et entama la conversation.
--Vous vous êtes toujours bien portée, cousine, lui dit-il, depuis que j'ai eu le plaisir de vous voir?
--Je vous remercie, mon cousin, répondit-elle. J'ai attrapé un rhume.
Elle toussa deux ou trois petites fois, puis continua de feuilleter un album.