--Ce sera pour demain, se dit-il illuminé d'une joie enfantine. Encore une bonne journée, et, puisqu'elle m'a invité d'elle-même, il est clair qu'aujourd'hui je ne suis pas importun. D'ailleurs, je crois qu'elle aura du monde.

L'infortuné ne croyait pas si bien dire.

Comme il entrait chez la princesse, vers une heure de l'après-midi, pimpant et tiré à quatre épingles, il vit venir à sa rencontre son ami Platon, dont la physionomie lui sembla particulièrement narquoise.

--Ecoute! lui dit celui-ci avec un mouvement du con des lèvres aussi inquiétant. Je crois que les grandes joies sont dangereuses. Ma coeur a eu une idée; je ne sais si tu la trouveras bonne. J'ai peur que non.

--Parle donc? dit Pierre impatienté. Tu nous tiens dans le courant d'air.

--Eh bien! mon ami, voici le fait. Ma soeur aime la concorde et voudrait voir la paix régner sur toute la terre avec un corne d'abondance dans chaque main. Ne pouvant réconcilier les empires,--hélas! parfois irréconciliables...

--En as-tu encore pour longtemps? interrompit de nouveau le jeune lieutenant.

--Non, j'ai fini... ma soeur contente des aspirations pacifiques en réconciliant les particuliers. Elle savait que ta cousine Dosia et toi vous vous êtes séparés sur le pied de guerre, elle a entrepris de fous faire donner la main, et pour ce, elle l'a invitée à assister aux régates.

--Dosia!... Dosia ici! s'écria Mourief en sautant sur son manteau qu'il avait déposa sur un banc.

--Dans ce salon même. Allons, ne fais pas attendre ma soeur. Elle t'a vu passer sous la fenêtre, et doit s'étonner de notre long entretien.