--Eh bien! lui cria Platon, est-ce que tu vas passer la nuit sur le lac? Veux-tu une mandoline?
--Envoie-moi plutôt un remorqueur, lui cria Pierre, qui leva en signe de détresse son unique aviron.
Dosia, la tête un peu de côté, contemplait son ouvrage avec une satisfaction évidente. La princesse était contrariée; les autres riaient de bon coeur.
Platon regardait Dosia, et la conviction pénétrait en lui, de plus en plus profonde, que Pierre n'avait rien caché, et que cette enfant n'était qu'une enfant.
--Il n'est pas possible qu'elle joue ainsi avec un homme qui aurait fat battre son coeur, se disait-il; ce serait le dernier degré de l'imprudence!
Et une satisfaction réelle entra en lui, absorbant peu à peu son mal de tête. A mesure que ses doutes s'évaporaient, sa souffrance diminuait, et il se sentit soudain léger comme une plume.
Il n'y avait aucune barque disponible pour remorquer le promeneur solitaire, qu'un courant presque insensible emportait vers l'île,--déserte, hélas!--lorsque fort heureusement un podoscaphe monté par un de ses camarades de régiment vint le reconnaître.
--Es-tu un navigateur audacieux ou une simple épave? demanda le nouveau venu.
--Tout ce qu'il y a de plus épave, mon cher. Ramène-moi au rivage, il y a une récompense.
--Comme pour les chiens perdus alors? s'écria le joyeux officier. Tiens, prends le bout de mon mouchoir de poche et je te remorque.