--Cela vous empêcherait certainement de vous amuser, si vous ne deviez pas changer; mais, soyez sans crainte, d'ici à trois mois vous serez beaucoup plus...
--Convenable! souffla Pierre qui se mit à ramer avec conviction.
Dosia ne releva pas cette nouvelle impertinence, et son cousin commençait à être inquiet de cette réserve inusitée, quand on aborda.
Le débarquement s'opéra sans encombre. Platon descendu le premier, offrit la main aux dames et les déposa toutes sur le chemin. Dosia seule était restée en arrière avec Mourief, qui retirait une rame de l'eau non sans quelque difficulté, car, n'étant né amiral, lui, il la soulevait par le plat au lieu de la retirer par le travers.
--Savez-vous nager, mon cousin? lui dit-elle tout doucement, en retenant de la main gauche les plis de sa robe.
--Mais oui, ma cousine.
--Eh bien, nagez maintenant! s'écria-t-elle en franchissant d'un bond le bord de la pirogue sans toucher à la main que lui offrait Platon.
Elle se retourna avec un mouvement de chat qui court après sa queue et repoussa vivement la pirogue loin du rivage.
Pierre avait roulé au fond de la frêle embarcation, et, n'était le mouvement instinctif qui l'avait fait se cramponner au banc, il eût passé par-dessus bord. Sans se troubler, il se releva et chercha les avirons, mais n'en trouva qu'un: les autres avaient été remis au matelot de service et gisaient sur l'embarcadère.
Il se croisa les bras et regarda dédaigneusement le rivage.