--Immenses, répondit Dosia avec un joli éclat de rire.

--Que lui avez-vous appris spécialement?

--Des chansons que ma gouvernante française m'avait laissées: Le Petit Chaperon rouge, Maître Corbeau et le Petit Oiseau.--Mais J'avais changé les airs: elle chantait Petit Oiseau sur l'air de Maître Corbeau, avec des yeux levés au ciel et une expression sentimentale... C'était bien amusant!

Dosia fit entendre le petit rire contenu qui était chez elle l'indice d'une joie délirante.

--Je vois bien ce que miss Bucky a appris chez vous, dit Platon en souriant, mais je ne saisis pas ce qu'elle vous a enseigné?

--Oh! reprit Dosia devenue sérieuse, bien ces choses! La Ballade de sir Robin Gray, l'art de faire des paysages avec de la sauce et une estompe..., vous savez? on barbouille tout le papier, et puis on enlève les blancs avec de la mie de pain. Il n'y a rien de plus drôle.

--Et puis?

--Et puis la morale et la philosophie, et les synonymes anglais. Voilà!

--C'est quelque chose, répondit Platon en s'efforçant de garder son sérieux. Et à votre gouvernante française, que lui devez-vous?

--Celle-là, répondit Dosia en secouant la tête d'un air capable, c'était une révolutionnaire. Elle m'a enseigné l'histoire, la broderie sur filet,--mais j'aime mieux la tapisserie, c'est plus amusant,--les vers de Victor Hugo et les principes immortels de 89. Ça, je l'ai compris tout de suite. Nous avons lu les Girondins. J'ai pleuré. C'était superbe. Je ne rêvais plus que déesse de la liberté, bonnet rouge et révolution.--Elle faisait aussi très-bien les conserves et n'avait pas sa pareille pour amidonner le linge fin. Mais je ne l'ai pas eue très-longtemps; maman a prétendu qu'elle me rendait intraitable.