--Comment cela?
--Vous comprenez que, d'après nos principes, quand maman me défendait quelque chose sans m'expliquer pourquoi, naturellement je faisais ce qu'elle m'avait défendu; de là des orages.
--Et votre gouvernante, que disait-elle alors? fit Platon.
--Elle me disait qu'il fallait obéir à maman, que les enfants doivent la soumission absolue à leurs parents et à leurs instituteurs; et quand je lui résistais, elle me mettait en pénitence. Alors je me suis dit qu'il y a évidemment principes et principes; il y en a qui sont bons pour les gouvernants et d'autres qui sont meilleurs pour les gouvernés, et j'ai pensé que lorsque ce serait à mon tour d'être dans les gouvernants, de serait beaucoup plus agréable.
--Parfait! conclut Platon.
--Aussi depuis ce temps-là je n'aime pas les théories; sur le papier ça fait très-bien, mais quand on a une élève têtue, il n'y a pas de principes immortels qui tiennent, on la met en pénitence.
--Bravo! dit Platon; voilà un raisonnement pratique. Avez-vous eu longtemps votre révolutionnaire?
--Deux ans, et je l'ai bien regrettée. C'était pourtant la meilleure de nos gouvernantes. Elle était si bonne quand ses théories lui étaient sorties de la tête! Je crois qu'elle était un peu...
Dosia frappa légèrement son joli front du bout de son index et prit un air entendu.
--Mais, reprit-elle avec vivacité, c'était une personne admirable! Elle avait un coeur généreux, une charité sans bornes; elle donnait tout ce qu'elle possédait à nos pauvres paysans, qui n'étaient pourtant ni de son pays ni dans ses principes. Je l'aimais bien mieux que la gouvernante allemande qui lui a succédé.