Le malheureux jeune homme ramena ses éperons sous sa chaise, prêt à partir;--il n'y avait pas six minutes et demie qu'il était entré, il avait dit au moins vingt bêtises, et il le sentait d'une façon abominablement claire...
Une aiguë du piano grinça tout à coup bruyamment, sous un coup sec du doigt de la dame muette, donnant un la fantastique è la troupe de farfadets qui persécutait Mourief.
Le jeune homme sursaute, saisit sa casquette blanche et fit le mouvement de se lever... La princesse, son mouchoir sur la bouche, était prise d'un accès de fou rire: jamais Pierre ne l'avait vue ainsi;--Il s'arrêta à moitié fou, halluciné, se demandant si c'était lui ou Sophie qui perdait la tête.
La dame du piano se leva lentement, émergea de derrière le jeune officier, et vint se planter en face de lui sous la lumière de la lampe. La princesse riait toujours, et deux larmes provoquées par un rire irrésistible coulaient sur ses joues.
--Dosia?... s'écria Mourief absolument terrifié. C'est un rêve!
--Dites un songe, mon cousin!
"Je l'évite partout, partout il me poursuit."
--En français, continua-t-elle, ça s'appelle même un cauchemar; mais pas dans les tragédies parce que le mot n'est pas assez noble. C'est un mot mal vu, un mot plébéien, vous comprenez?
Pierre ahuri, fit un signe de tête affirmatif.
--Et vous êtes ici? dit-il en essayant de reprendre un peu d'aplomb.