Le troisième jour, en effet, la maison se remplit de parents et d'amis; on enleva le cercueil de moire blanche, et l'on emporta la jeune fille à l'église.

Elle était si belle, ses traits avaient pris une expression si angélique, que l'on ne pensa point à couvrir son visage. On rabattit dessus le voile de mousseline qui l'entourait, et, sous le soleil de juin, elle prit ainsi, parée comme pour l'hymen, le chemin de la petite église.

Pendant le service funèbre, Dournof, toujours près du cercueil, la regardait d'un air jaloux. Quand, suivant l'usage, l'assistance vint donner le baiser d'adieu à la morte, il s'inclina après les parents, comme il était dans l'ordre, sur les mains de cire de sa fiancée, puis il laissa passer la foule.

Quand le dernier des assistants eut remplit ce pieux devoir, les sacristains s'approchèrent avec le couvercle. Il les écarta du geste.

--N'y a-t-il plus personne? dit-il à demi-voix.

On le regarda avec étonnement, mais nul ne répondit.

Alors il se pencha sur sa fiancée et baisa avec passion le front pur, les joues amaigries, les doigts émaciés d'Antonine, puis il prit lui-même le couvercle avec une sorte de rage, et, sans attendre d'aide, il le vissa solidement.

Les plus proches parents de la jeune fille avaient compris son désir et n'y mirent point d'obstacle: après les lèvres de Dournof, rien n'effleura plus le visage de celle qu'il n'avait pu obtenir comme sienne.

Une voix se fit entendre tout près de lui, pendant qu'on emportait Antonine vers la fosse, creusée suivant son désir à l'endroit où tombaient les derniers rayons du soleil couchant:

--Toi et moi seuls l'avons aimée; les autres ne l'ont pas connue.