--Niania! Niania! s'écria madame Karzof en se soulevant de son fauteuil.
--Je ne vous crains pas, dit doucement la vieille bonne. J'ai tant pleuré que ça m'est égal de mourir, et puis vous ne me ferez pas de mal. Mais c'est vous qui avez tué Antonine, tout de même.
--Hors d'ici! cria madame Karzof. Impudente, tu oses blâmer tes maîtres? Je te chasse! va-t'en!
--Ma femme, intercéda le vieillard, elle nous aime, elle élevé nos enfants... elle déraisonne, laisse-la tranquille...
--Hors d'ici! répéta la matrone irritée. Je te chasse! C'est toi qui es cause de notre malheur; tu as entraîné notre innocente au mal...
--Ah! madame! dit la vieille bonne en faisant le signe de la croix, que Dieu vous pardonne ce que vous dites! Je m'en vais... je m'en vais, et sans rien regretter. M. Jean vole de ses propres ailes maintenant, hélas! le nid est vide.. Je m'en vais, madame. La vieille femme s'inclina jusqu'à terre devant celle qu'elle avait servi depuis trente ans, puis se releva d'un air digne et sortit. L'instant d'après, une jeune femme de chambre, qu'on avait prise pendant la maladie d'Antonine, entra d'un air étonné, conviée à ce service pour la première fois, et acheva de préparer le thé.
Madame Karzof, plus contrariée qu'irritée pour le moment, garda le silence pendant quelques instants, puis, ne pouvant y tenir, demanda:
--Où est la Niania?
--Elle est sortie, madame, répondit respectueusement la jeune fille.
--Où est-elle allée?