--Ma lumière, ma vie! disait Dournof à voix basse, en serrant contre lui la tête d'Antonine qu'il caressait d'une main presque paternelle dans sa douceur, que j'ai souffert sans toi! Il l'écarta un peu pour la mieux regarder et ne dit rien, mais son sourire témoigna combien elle lui était chère.

--Comment avez vous passé ce long temps d'absence? dit-il ensuite en la conduisant vers un fauteuil où elle s'assit, pendant qu'il prenait une chaise en face d'elle.

--Je n'en sais rien, répondit Antonine; c'était comme une longue nuit. J'ai beaucoup travaillé.

--A quoi?

--A nos travaux d'école; j'ai préparé des leçons pour les enfants du village; ce n'est pas facile d'expliquer même les choses les plus simples à ces intelligences peu développées. J'ai eu bien de la peine à rendre claires quelques notions... Mais nous en reparlerons. Et vous, qu'avez-vous fait?

Dournof passa la main sur son front pour en chasser les soucis.

--J'ai eu des paperasses, donné des signatures, lutté contre la mauvaise foi des uns et l'obséquiosité des autres... j'ai arraché à grand'peine à toutes ces mains rapaces les bribes de mon patrimoine, j'ai installé ma mère et mes soeurs dans une demeure passable, et me voici... mais, Antonine, écoutez-moi bien: je ne veux plus vous quitter:

Elle le regarda, et ses yeux dirent clairement qu'elle non plus ne voulait plus le quitter.

--Je vais demander votre main à vos parents, je ne suis pas riche, bien loin de là, mais j'ai réalisé de quoi vivre très-pauvrement pendant cinq ans: d'ici là, j'aurai acquis une position digne de vous, j'en suis sûr Il s'était levé; sa forte poitrine dilatée par la joie et l'espoir respirait aisément, ses yeux brillaient, son teint coloré par la vie exubérante, ses cheveux bouclés capricieusement par la nature, et qu'il rejetait à tout moment en arrière de son front large et pur, disaient hautement que cet homme possédait une âme vigoureuse, énergique, indomptable.

--Craignez-vous la misère? dit-il à Antonine.