--Eh bien?
--Eh bien, que veux-tu que je te dise! elle s'est consolée... ton père est un brave homme, pour cela, il n'y a rien à dire, et ta mère a été toujours choyée comme la prunelle de ses yeux. Elle a toujours fait ce qu'elle a voulu.
Antonine garda au fond de son coeur l'espérance que sa mère, empêchée dans sa jeunesse d'épouser l'homme qu'elle aimait, serait compatissante à sa situation; cependant elle se contenta d'espérer en silence. Niania fut chargée de mettre à la poste et de retirer la correspondance des deux fiancés, et elle s'en acquitta avec beaucoup de zèle et d'adresse. Le matin du jour où Antonine se montrait si impatiente elle avait reçu un mot de Dournof lui annonçant son retour pour le jour même. Aussi les heures lui paraissaient elles longues.
II
La sonnette retentit dans l'antichambre; la Niania courut ouvrir, et, par la porte restée entr'ouverte, Antonine entendit ces paroles:
--Vous voilà revenu, Féodor Ivanitch, notre faucon, notre aigle blanc! Que Dieu vous donne une bonne santé! La demoiselle mourait d'impatience!
--Est-elle à la maison? répondit la voix grave de Dournof.
--Oui, oui, elle est à la maison, elle vous attend seule dans le salon.
Dournof fit rapidement les quelques pas qui le séparaient de la porte, l'ouvrit toute grande, et resta sur le seuil. Antonine debout, immobile, tournant le dos à une fenêtre, éclairée par une lumière luisante qui mettait une raie d'or sur chaque contour, l'attendait, en effet, sans oser faire un pas vers lui. Jusque-là elle n'avait touché que sa main. Comment contenir l'impulsion irrésistible qui la jetait dans les bras de son fiancé?
Elle n'eut pas le temps de réfléchir, elle sentit soudain deux bras l'étreindre avec tant de force qu'ils lui firent mal; sa tête se trouva sur la poitrine de Dournof, et ses cheveux furent couverts de baisers. La vieille bonne referma la porte du salon et sortit en murmurant une bénédiction sur eux.