Les professeurs et institutrices finissaient par lâcher pied, et Antonine en vint de la sorte à se former un caractère très-résolu. Si elle ne devint pas despote, c'est qu'elle avait un sens inné du juste et de l'injuste qui la préserva. Mais pour tout le reste, elle se fit une loi de sa propre volonté.
Cette fermeté la sauva du caprice, défaut ordinaire de ses compatriotes, qui, sans cesse adulés, ne trouvent point de limites à leur fantaisie, n'ont plus de règle pour leur existence. Si Antonine devint fort entêtée, au moins ne le fut-elle qu'à bon escient.
Si persuadée qu'elle fût de la tendresse aveugle de sa Niania, elle tremblait intérieurement le jour où elle lui fit l'aveu de son amour pour Dournof. La vieille servante l'écoutait, les mains pendantes, comme il convient en présence des maîtres, la tête baissée, l'air respectueux.
--Eh bien, quoi? dit-elle, lorsque Antonine eut cessé de parler, tu aimes ce jeune homme? Pourquoi pas, si c'est un homme de bien?
--Mais ma mère ne voudra peut être pas! fit Antonine, surprise de ne pas rencontrer d'autre résistance.
--Si tu l'aimes, ça ne fait rien, ta mère ne voudra pas faire de peine à son enfant chéri. Seulement, ma belle petite, sois bien sage, ne laisse pas approcher ton amoureux......
Antonine jeta un regard si sévère à Niania que celle-ci perdit toute envie de la morigéner.
--C'est bon, c'est bon, reprit-elle. Pourvu que tu te maries à celui que ton coeur a choisi, c'est tout ce qu'il faut. Ta mère, que Dieu conserve, n'était pas si contente quand elle a épousé ton père... elle a bien pleuré!...
--Tu te le rappelles? fit vivement Antonine.
--Certes! elle en aimait un autre, un joli officier avec des petites moustaches, qui venait à la maison...