Quittant aussitôt sa place, le jeune homme trouva le chemin de la loge, et entra.
Il n'était pas le seul qui fût venu rendre hommage à Son Excellence, mais, bien qu'il fût le plus jeune en âge comme en grade, il fut particulièrement distingué par son protecteur.
--Eh bien, monsieur Dournof, nous allons voir arriver votre couronne, dit celui-ci d'un ton bienveillant. A vrai dire, elle devrait être ici...
--Pardon, Excellence, dit Dournof surpris, je ne comprends pas... Quelle couronne?
--Mais celle que vous voituriez ce matin avec tant de peine, répondit M. Mérof; en vous voyant ici ce soir, j'ai pensé que cette offrande était destinée à madame Patti.
La jolie Marianne, assise au bord de la loge, cessa de lorgner la salle et regarda le jeune président avec intérêt. L'homme qui offre une couronne de 500 francs à une cantatrice est toujours un homme intéressant.
Dournof pâlit et fit un imperceptible mouvement en arrière.
--Je vous demande pardon, Excellence, répliqua-t-il à demi-voix: cette couronne a été portée au cimetière de Pargolovo, sur la tombe de ma fiancée, morte il y a trois ans.
Cette réponse avait été faite très-bas; le ministre seul aurait dû l'entendre; cependant, elle était parvenue, contre toutes les règles de l'acoustique, aux oreilles de Marianne; car, indiquant une chaise vacante auprès d'elle, elle dit au jeune président:
--Asseyez-vous M. Dournof.