Le ministre, qui était un excellent homme, se confondit en excuses: lui non plus n'était pas né sur les marches du trône. De provenance aussi modeste que Dournof, il avait dû à ses facultés extraordinaires la position élevée qu'il avait fini par conquérir; mais moins heureux de les débuts il était parvenu au faîte à un âge relativement avancé; son mérite n'en souffrait pas, mais il lui manquait ce tact des gens du monde, habitués à manoeuvrer au milieu des écueils; ceux-là n'eussent pas commis l'inadvertance dont il venait de se rendre coupable.
Il s'efforça de l'atténuer par tous ses efforts, et comme Dournof avait l'âme bonne, celui-ci tint à coeur de ne pas se montrer froissé. Cette petite scène se termina par une invitation à dîner pour le lundi suivant, que le jeune homme accepta de bonne grâce; après quoi il quitta le théâtre.
Le binocle de Marianne le chercha vainement pendant tout le troisième acte.
XIX
--Tu ne sais pas, ma chère! un homme qui est capable de porter des fleurs à une fiancée morte, après trois ans! Mais c'est un roman, bien mieux, un rêve! Cela n'arrive pas, ces choses là!
--Tu as bien raison, Marianne, cela n'arrive pas! répondit la sage Véra; aussi je ne crois pas un mot de cette histoire.
--Mais alors, qu'aurait-il fait de ses fleurs?
Véra fit une moue significative.
--Des fleurs, dit-elle, voilà en vérité quelque chose d'un placement bien difficile! il ne manque pas à Pétersbourg de dames de toute espèce, disposées à les accepter.
--Des fleurs, un bouquet, oui! Mais une couronne, une couronne blanche encore!