--Vous êtes bien heureux, monsieur, dit Marianne en poussant un soupir.
Dournof la regarda avec étonnement; il ne se savait pas au sein d'une félicité telle qu'elle pût exciter l'envie d'une jeune fille riche et haut placée.
--Pourquoi? dit-il surpris.
Marianne se leva sans répondre et disparut.
Dournof se demanda pendant une demi-minute ce que cela voulait dire, et reconnut qu'il ne trouverait pas tout seul. Cette parole en l'air, jetée par Marianne, comme on jette un écu, pile ou face, retomba sur son imagination, et y fit une empreinte.
--Pourquoi suis je heureux? se demanda-t-il encore le soir, lorsque, rentré chez lui, il récapitula sa journée. Et cette question, irritante parce qu'elle était une énigme, se présenta plus d'une fois à son esprit pendant les jours qui suivirent.
De son côté, Marianne se disait en se déshabillant devant son miroir:
--Eh bien, mais il me semble que ce ne serait pas si difficile!
XX
Le surlendemain matin, mademoiselle Mérof était à peine assise devant le piano, qui sous ses mains délicates subissait tous les jours quelques heures de tortures, lorsque son amie Véra en tra d'un air triomphant. Après avoir échangé nombre de caresses entremêlées de taquineries amicales, les jeunes filles s'assirent sur une causeuse, loin des portes, et conséquemment des oreilles indiscrètes.