--Non, non, dit elle, en voici une.
Il prit celle qu'elle lui présentait et lut à haute voix: Marianne.
--C'est celle qui est tombée qui revenait à M. Dournof, fit observer un des mécontents.
Le voisin se pencha et ramassa la carte.
--Antonine, lut-il.
Dournof pâlit et laissa tomber le long de son corps ses bras que l'émotion venait de briser. Marianne comprit aussitôt.
--Je vous demande bien pardon, monsieur, dit-elle à voix basse, j'ignorais le nom qu'elle portait.
Avant que le jeune homme eût repris son sang-froid, elle poursuivait sa ronde, faisant naître partout des exclamations de gaieté ou d'ironie.
Le cercle se rompit; on proposa une mazurka avant le souper, et les couples gracieux voltigèrent bientôt par la salle.
Dournof ne dansait pas; il s'était réfugié dans un coin sombre, et là, les yeux voilés par sa main, il pensait au cimetière, aux fleurs que le vent d'hiver devait avoir glacées depuis si longtemps, et s'apercevait que depuis sa nouvelle fortune, il avait singulièrement délaissé la tombe de Pargolovo. Une ombre passa devant lui et s'arrêta. Il leva les yeux.