La Niania hocha la tête.

--Excuse-moi si je manque de respect, mon maître; on dit qu'elle t'aime beaucoup.

Le coeur de Dournof tressaillit tout à coup d'une allégresse nouvelle. On disait qu'elle l'aimait... c'était donc vrai? Qu'il était doux d'être aimé de cette enchanteresse!

--Je ne sais pas, dit enfin le jeune homme embarrassé.

--Si elle t'aime, et si c'est une! bonne fille, tu peux l'épouser...

La Niania porta à ses yeux le coin de son tablier, et dévora un sanglot. Dournof indécis la regardait sans mot dire.

--Tu peux l'épouser, reprit la vieille servante. Il faut bien que tu te maries, un homme ne peut pas toujours rester seul... c'est la fille d'un ministre, elle est bonne pour te servir d'épouse, ajouta-t-elle en relevant la tête avec orgueil. Notre Antonine t'a dit de te marier.

Dournof regarda le portrait d'Antonine... Sans la main pieuse de la Niania, la poussière accumulée l'eût depuis longtemps voilé sous une couche grise; la bonté prévoyante de la jeune morte, son abnégation, ses vertus, son dévouement absolu se présentèrent tout à coup à sa mémoire.

--Pardon, oh! pardon! s'écria-t-il en attirant à lui l'image délaissée. Tu étais un ange, toi.

Il fondit en larmes et couvrit du baisers passionnés les mains du portrait qui le regardait avec ce calme et celle dignité qui mettaient Antonine vivante si fort au-dessus des autres femmes.