C'est qu'elle était prise pour tout de bon! Son coeur léger et frivole avait de bons côtés; c'est par la compassion que Dournof y était entré; il s'y était maintenu par l'orgueil et le dépit; désormais, elle ne voulait et ne pouvait aimer que Dournof. Elle le disait sincèrement, de toute son âme, et c'était la vérité!
Animée de ce beau feu, elle alla tin jour trouver le ministre dans son cabinet.
--Père, lui dit-elle, en poussant sans cérémonie une foule de paperasses encombrantes, quel est le premier de nos jeunes présidents?
--Comment, le premier? demanda le père étonné.
--Mais oui, le plus intelligent, celui qui a le plus d'avenir; enfin, papa, quand vous serez ennuyé d'être ministre, qui est-ce qui vous remplacera?
Un peu surpris de tant de prévision, le bon père chercha dans son esprit.
--Je crois bien, dit-il, si les apparences ne sont pas menteuses, et si les circonstances ne changent pas du tout au tout, que mon successeur sera Dournof.
--Eh bien, papa, fit Marianne triomphante, je veux épouser Dournof.
Le ministre fit faire un demi-tour à son fauteuil et regarda sa fille d'un air consterné.
--Toi, Dournof? Et pourquoi? Quel est cette nouvelle fantaisie?