--J'épouserai Dournof, papa, ou j'en mourrai de chagrin; ainsi faites comme vous voudrez!

Fort bouleversé, M. Mérof sortit de son cabinet et emmena sa fille auprès de sa femme que cette abrupte déclaration surprit moins que lui.

--Cela ne m'étonne pas, dit-elle, j'ai toujours pensé que Marianne ne se marierais pas comme les autres.

--Mais enfin, s'écria M. Mérof, Dournof n'est qu'un simple président!

--Mais, papa, ne m'avez-vous pas dit qu'il serait ministre après? Comme cela je n'aurai pas besoin de quitter le ministère.

--Je ne veux pas! fit M. Mérof exaspéré.

--Comme vous voudrez, papa, répliqua l'indomptable Marianne en baissant la tête avec un air de feinte résignation. Les parents de mademoiselle Karzof ont été ainsi cause de la mort de leur fille, mon destin sera le même!

--Qu'est-ce que c'est que mademoiselle Karzof? demanda M. Mérof abasourdi.

Avec une grande éloquence, ponctuée d'allusions plus que transparentes, Marianne raconta l'histoire d'Antonine.

--Eh bien, dit-elle, il sera dans la destinée de Dournof de ne pouvoir épouser les femmes qu'il aime... Ses fiancées doivent toutes mourir par la faute de leurs parent! cruels.