--Je n'en sais absolument rien! dit-elle en comptant des points.
--Marianne, insista Dournof, je t'en prie, réponds-moi sérieusement; tu sais que ma voix pèsera dans l'issue du procès..., si j'allais faire condamner un innocent?
--Cela t'embarrasse? dit Marianne en riant. La belle affaire! Jette une pièce de monnaie en l'air: si elle retombe pile, ton homme sera innocent; si elle retombe face, il sera coupable, ou le contraire, si c'est cela que tu préfères. J'ai lu dans les livres que les affaires sérieuses ne se jugent jamais autrement.
--Ma chère femme, je t'en supplie, ne plaisante pas! fit Dournof plus ému qu'il ne voulait le lui laisser voir; tu ne sais pas le mal que tu me fais en parlant si légèrement...
--Ah! dit Marianne avec une moue, des sermons? Ce n'est pas ma faute à moi si tu me parles d'affaires auxquelles je n'entends rien. Je ne suis pas une femme sérieuse, moi! Il ne faut pat me parler de procès ni d'accusés; cela m'ennuie!
Là-dessus elle plia son ouvrage et s'en alla d'un air boudeur.
Dournof regarda la porte du boudoir se refermer sur elle.
Fallait-il la suivre pour faire la paix? Etait-ce lui qui avait tort en effet de lui parler de ces choses, ou elle qui avait tort de ne pas les comprendre?
Il se leva; mais, la main sur la porte de la chambre de Marianne, il s'arrêta.
--O Antonine! pensa-t-il, Antonine, où êtes-vous, ma chère conscience? Ne daignez-vous pas me parler de là-haut?