Il baissa la tête, comme pour écouter les avis d'une voix intérieure. Après un court moment, il entra dans la chambre.

--Marianne, dit-il doucement, tu as raison, je ne dois pas te parler de ces choses auxquelles tu n'es pas accoutumée...

La jeune femme qui tournait le dos à la porte leva sur lui ses yeux pleins de larmes.

--Le méchant, dit-elle, qui m'a grondée! Je vous demande un peu si j'ai fait des études, moi! Je ne suis pas un juge, moi, ni un président! Est-ce ma faute, si tout cela m'ennuie à périr?

Dournof lui prit la main et la baisa doucement, mais sans transport.

--Allons, vilain cruel, dit Marianne en souriant à travers ses larmes, dites tout de suite que vous ne le ferez plus, jamais, jamais!

--Je ne le ferai plus, répondit Dournof.

Antonine eût deviné l'amertume avec laquelle il faisait cette promesse, mais Marianne s'en déclara satisfaite, et ses caresses d'enfant gâté déridèrent un instant son mari. Cependant, comme il retournait dans son cabinet de travail, il répéta ironiquement: Non, je ne le ferai plus jamais... jamais!

Assis dans son fauteuil, la tête dans ses mains, il médita longuement. La nuit s'avançait, Marianne dormait depuis long temps; accablé d'incertitudes douloureuses, Dournof se leva. Le portrait d'Antonine était resté dans le tiroir où l'avait remis la Niania. Depuis bien des jours il l'avait retrouvé et le contemplait secrètement, à ses heures d'amertume. Il le prit et le regarda quelques-instants, puis le suspendit à la muraille, près de la lampe qui ne s'allumait jamais pour Marianne.

--Reprends ta place, dit-il, ma lumière, mon bon ange. Reprends la place que tu n'aurais jamais dû quitter! C'est toi qui dois rayonner sur ma vie, chère oubliée! Mais au ciel on n'a pas de rancunes!