Il se laissa tomber sur le petit canapé, les yeux fixés sur l'image aimée, que l'air et le temps avaient ternie. Lorsqu'il termina sa méditation, les rayons du soleil levant entraient par les fenêtres de son cabinet.

--Merci, dit-il, ma conscience! Si je me trompe, au moins sera-ce dans la sincérité de mon coeur.

Il s'habilla sans vouloir prendre de repos, relut et compulsa à nouveau le dossier, et à sept heures, il était au tribunal, attendant les juges et les avocats pour causer à l'aise avec eux.

Contrairement à tout ce qu'on attendait, mais conformément à l'opinion publique, Sintsof fut acquitté; la suite prouva qu'il était innocent.

Le ministre, en rencontrant son gendre aux îles le soir même, lui dit:

--Savez-vous, Dournof, que vous avez joué gros jeu?

Dournof sourit. Peu lui importait l'enjeu; sa vie et sa fortune n'étaient rien à ses yeux quand il s'agissait de conscience.

--Etes-vous fâché, Excellence? dit-il à son beau père.

--J'en suis fier pour vous, mais...

--C'est tout ce que je veux savoir, répondit Dournof.