--Ce sera une maladie de l'enfance, déclara celui-ci. Nous saurons ce que c'est demain, peut-être cette nuit.

Il recommanda de tenir l'enfant bien chaud et promit de revenir le soir même.

Vers dix heures, avant de partir pour le bal, Marianne entra dans la nursery pour voir son fils. La vaste pièce blanche et claire était assombrie par d'épais rideaux tirés devant les portes et les fenêtres; la lampe brûlait dans un coin devant les images, et une autre veilleuse sur une table, près du petit lit de Serge, était protégée par un écran de porcelaine blanche. L'entrée de madame Dournof dans cette chambre recueillie fit lever la tête à la Niania qui, à moitié assoupie sur une chaise, veillait l'enfant malade.

Le froufrou de la soie sur le parquet, le miroitement de l'étoffe cassée en mille plis, l'éclat des diamants Marianne portait à sa tête, à son cou, à ses bras, tout cela était si peu d'accord avec la respiration de plus en plus embarrassée du pauvre petit garçon, que la vieille femme ne put réprimer un mouvement de surprise indignée.

--Va-t-il mieux? demanda Marianne à voix basse en se penchant sur le berceau.

--Non, madame, non; il ne va pas mieux, répondit la Niania d'une voix brève.

Marianne émue posa la main sur le front brûlant de son fils, qui s'agita et ouvrit les yeux. Il la regarda un instant sans la reconnaître, puis il détourna la tête et chercha le sommeil. Il ne connaissait pas cette dame-là: jamais il n'avait vu sa mère en toilette de bal.

Marianne retira sa main; son gant était devenu aussi brûlant que le pauvre petit front endolori; elle l'appuya sur le marbre de la table pour retrouver la fraîcheur.

--Comme il a chaud! dit elle. Le docteur est-il revenu?

--Non, répondit la Niania.